Intelligence as a Service
Vous souvenez-vous quand Adobe a changé son mode de license pour passer d'un achat définitif d'une version de leur logiciel (Photoshop, Lightroom, ...) à un modèle par abonnement ? C'est ce que l'on appelle le Software as a Service.
Les conséquences de ce modèle de financement ? Vous n'êtes plus propriétaire de votre propre travail. Vous restez propriétaire du produit final car les images produites vous resteront accessibles même si vous arrêtez de payer l'abonnement, mais vous n'aurez plus accès au travail fourni pour produire cette image. Tout le traitement que vous avez appliqué pour transformer le fichier sorti de votre appareil photo en la photo que vous avez choisi de conserver disparaît avec la fin de votre abonnement. Ce n'est pas seulement l'outil de travail que vous louez, mais c'est le travail lui-même !
Aujourd'hui, c'est l'IA générative que l'on tente de pousser au forceps dans votre flux de travail. Vous allez louer un outil pour être plus productif. Mais alors, que se passe-t-il quand vous souhaitez arrêter votre abonnement ? Que se passerait-il si Anthropic, Mistral ou OpenAI vous laissait accès au résultat produit mais plus à votre travail ?
Appliqué au monde du développement logiciel, on pourrait continuer de distribuer les logiciels compilés, mais perdront-on le droit d'accès au code source ?
Traditionnellement, le capitalisme correspond au patronat qui met à disposition ses outils de travails aux ouvriers qui produisent un travail pour le patron.
Dans les métiers du tertiaire, cette notion d'outil était limitée à la mise à disposition d'ordinateurs et de locaux. Les ordinateurs sont une commodité que tout particulier peut s'offrir et le développement du télétravail a montré qu'il n'était pas indispensable d'avoir des bureaux. Nous sommes donc capable de produire du travail sans le patronat. Si l'on commence à louer des services "d'intelligence", alors 2 conséquences :
- On accepte de (re)devenir les opérateurs d'outils mis à disposition par le patronat, dévalorisant de fait notre propre savoir-réfléchir.
- Qui devient notre patron ? La personne qui paie notre abonnement au service d'intelligence ou bien l'éditeur de ce service ?
Si l'on considère que notre patron est Anthropic, Mistral ou OpenAI, alors le nombre de patrons à l'échelle mondiale va drastiquement se réduire. Et si l'on pousse la logique d'optimisation plus loin, alors on peut réduire les intermédiaires et se passer des patrons, devenus obsolètes.